Sur Clubic, Guillaume Faury, le PDG d'Airbus, plaide pour une industrie de défense européenne plus souveraine et une meilleure utilisation des moyens financiers sur le Vieux continent.

Guillaume Faury, le PDG du groupe Airbus © Alexandre Boero / Clubic
Guillaume Faury, le PDG du groupe Airbus © Alexandre Boero / Clubic

Le directeur général d'Airbus lance un appel à la consolidation de l'industrie européenne de défense. Alors que nos plus récentes années sont marquées par le conflit russo-ukrainien et des tensions internationales croissantes dans différentes régions du monde, Guillaume Faury a exposé à Clubic, lors de l'Airbus Summit 2025, sa vision d'une Europe militairement autonome.

Le PDG du géant aéronautique européen souligne l'urgence pour le Vieux continent de développer sa propre autonomie stratégique face aux États-Unis notamment, tout en préservant ses ambitions environnementales dans le secteur aéronautique civil.

Pour le patron d'Airbus, l'Europe doit réinvestir massivement dans sa défense

Le monde est à la croisée des chemins, et certains acteurs comme Airbus sont appelés à jouer leur rôle. « Je pense qu'il y a une conscience beaucoup plus forte, sous l'effet de la réalité autour de nous, que l'Europe a besoin de mieux assurer sa défense et qu'elle a besoin de mieux l'assurer par elle-même », affirme sans détour Guillaume Faury. Pour le dirigeant, il s'agit d'une nécessité qui s'inscrit dans un contexte où historiquement, « une grosse partie de la protection avait été laissée aux Américains. »

Le directeur général d'Airbus fait ici écho aux récentes pressions américaines : « L'Europe est protégée par l'OTAN et par les Américains. Et le Président américain nous dit "bon maintenant, il est temps que vous vous occupiez de vous-même." Les évènements récents ont montré que oui, il va falloir le faire. » Une position renforcée par l'escalade des menaces, notamment « sous la pression qui vient de la Russie et qui est aujourd'hui beaucoup plus forte et cruelle. »

Pour Guillaume Faury, la souveraineté passera forcément par des investissements ciblés, dirigés vers l'Europe. « L'argent, pour garder la souveraineté de la sécurité de la défense, il faut le dépenser beaucoup plus vers des industries européennes que vers des industries étrangères. Parce que le jour où il y a un vrai conflit, on n'est pas vraiment sûrs de ce qui va se passer avec ces industries étrangères. »

Se désensibiliser de la dépendance aux États-Unis

Concernant l'économie de la défense, Guillaume Faury considère qu'il faut dépenser mieux l'argent à disposition. « L'argent en Europe est mal dépensé, parce que nous sommes très fragmentés. Nous dépensons énormément pour développer des systèmes utilisés par un très (Ndlr : comprenons « trop ») petit nombre d'acteurs et de pays », déplore-t-il. Cette dispersion coûteuse réduirait l'effet d'échelle nécessaire à la compétitivité.

Dans ce contexte, le groupe européen Airbus est particulièrement sollicité sur les sujets de défense d'aviation, mais pas seulement. « Nous sommes aussi sollicités dans l'espace pour améliorer la sécurité, et se désensibiliser de la dépendance aux États-Unis. »

En parallèle de ces enjeux stratégiques, Airbus a rappelé durant son sommet à Toulouse-Blagnac maintenir son engagement environnemental. « L'avion n'est pas du tout un mauvais élève », d'après Guillaume Faury, qui souligne que l'aviation n'émet que « 2 à 2,5% de carbone tous secteurs confondus », une stabilité depuis 30 ans alors même que le trafic double tous les 15 ans.