« L'Oeil du 20h », diffusé dans le JT de France 2, a mené une enquête sur la prolifération de sites d'actualités créés par IA, facilement accessibles via Google.

L'enquête menée par « L'Oeil du 20h » de France 2 s'est intéressée à la présence de sites d'actualités intégralement créés par IA et accessibles via l'application Google. Ces sites, parfois difficiles à distinguer des sources légitimes, mettent à mal la fiabilité de l'information diffusée et l'efficacité des mécanismes de contrôle du géant de Mountain View.
L'équipe de journalistes a décrypté l'origine de ces sites, leurs objectifs et leur influence sur l'écosystème de l'information en ligne après en avoir passé des dizaines au crible et en a même créé un factice juste pour montrer la simplicité avec laquelle de tels contenus sont produits et publiés.
Google est confronté à la réalité du terrain avec l'invasion de sites générés par IA qui remet en question la qualité du contenu
À travers ses recherches, « L'Oeil du 20h » a permis de dénombrer plus de 130 sites d'actualités factices accessibles via l'application Google. Ils se présentent comme des sources d'actualité gratuites, avec une publication quotidienne de nombreux articles aux titres accrocheurs. Et pour ajouter un vernis de sérieux, rien de tel que d'inventer des journalistes aux CV et biographies flatteuses.
Forcément, cette méthode virtuelle percute souvent la réalité, comme en témoigne l'enseignant-chercheur en macroéconomie, Gilles Dufrénot, victime d'un faux article élogieux à son sujet, illustré par une photo qui ne correspondait pas à son identité. « Au départ, on s’est demandé est-ce que c’était le directeur du journal, est-ce que c’était le journaliste… et puis en lisant l’article je me suis demandé si ce n'était pas une intelligence générative qui avait écrit le texte », finit-il par déduire.
Pour illustrer la simplicité du processus, l'équipe de « L'Oeil du 20h » a créé un site factice et a sollicité l'IA pour le remplir. En quelques heures, l'IA a généré des articles remplis d'erreurs, comme un récit erroné de la cérémonie des Oscars 2025, avec des films primés inexistants et un prix du meilleur scénario attribué à une IA.

Un modèle économique qui permet aux sites d'actualités factices de générer des revenus en monétisant leur audience
La motivation de ces sites est, on l'aura aisément compris, de générer un maximum de revenus publicitaires. Google insère de la publicité sur ces pages, ce qui constitue une source de revenus pour leurs créateurs. Selon une estimation de revenus effectuée par Google, un site peut potentiellement gagner jusqu'à 100 000 dollars s'il parvient à attirer 10 millions de visiteurs. Les articles ne sont donc qu'un moyen d'attirer les visiteurs et de les inciter à cliquer sur la publicité.
Certains individus ont industrialisé ce modèle, allant jusqu'à gérer des dizaines de sites et à publier des centaines d'articles par jour. Car on l'a vu, une seule personne suffit à faire fonctionner ces sites, pour peu qu'elle soit à l'aise avec les outils d'IA. L'un d'eux administre une quarantaine de pages, avec une publication parfois supérieure à 150 articles par jour. Contacté par « L'Oeil du 20h », il a minimisé son activité: « Ce n'est pas compliqué, je suis une personne qui essaie de faire de l'argent et nourrir mes enfants. » Interrogé sur le pillage de contenu, il a nié, malgré la présentation d'un article reprenant des citations d'un reportage du « Journal des Femmes ». L'homme a fini par reconnaître que sans l'autre média, son article n'aurait pas pu exister.
Les journalistes ont également contacté Google pour alerter sur le sujet, qui a déclaré lutter contre ces sites factices et assuré que ses systèmes « permettent de proposer des résultats de recherche à 99% sans spam », avant de préciser que « la monétisation est interdite sur les contenus de faible qualité ou considérés comme du spam », et que deux des sites signalés ont été privés de publicité. De leur côté, indiquent les journalistes de l'émission, les marques prévenues que leur publicité apparaissait sur ces faux sites ont assuré tomber de l'armoire et découvrir le problème.
Source : Franceinfo